Le matériel pour brasser un thé de compost tient en cinq éléments : une cuve, une pompe à air, des diffuseurs, un sac filtrant et de quoi tenir la température. Le point critique est le débit d’air : 0,4 à 0,6 litre par minute et par litre de cuve, soit 40 à 60 litres par minute pour 100 litres. Voici comment dimensionner une installation, du bac d’essai à la cuve de 1 000 litres.
Le matériel indispensable pour un thé de compost
| Élément | Fonction | Critère de choix |
|---|---|---|
| Cuve | Contenir l’eau et le thé | Volume supérieur à celui préparé, fond facile à vidanger et à nettoyer |
| Pompe à air | Fournir l’oxygène | Débit d’au moins 0,4 à 0,6 L/min par litre de cuve |
| Diffuseurs | Répartir l’air et brasser | Placés au fond, démontables, faciles à nettoyer |
| Sac ou panier filtrant | Retenir le compost, laisser passer la flore | Mailles de 400 µm environ |
| Thermomètre, chauffage éventuel | Tenir 18 à 24 °C | Indispensable si les nuits descendent sous 10 °C |
| Vanne ou pompe de soutirage | Transférer vers le pulvérisateur | Passage large, sans filtre fin |
Cette liste est celle de la fiche de la Société de viticulture du Jura, qui précise que l’on peut acheter un fermenteur complet ou le monter soi-même.
Dimensionner l’aération : la règle du débit
La teneur en oxygène dissous doit rester supérieure à 6 mg par litre pendant tout le brassage, indique Agroscope. Une sonde est le seul moyen de le vérifier. À défaut, l’institut donne une règle empirique : la pompe doit débiter au moins 0,4 à 0,6 litre d’air par minute et par litre de cuve.
| Volume de la cuve | Débit d’air minimal | Compost (25 g/L) | Surface couverte à 50 L/ha |
|---|---|---|---|
| 20 L | 8 à 12 L/min | 0,5 kg | Essais, planches, pépinière |
| 100 L | 40 à 60 L/min | 2,5 kg | 2 ha |
| 200 L | 80 à 120 L/min | 5 kg | 4 ha |
| 500 L | 200 à 300 L/min | 12,5 kg | 10 ha |
| 1 000 L | 400 à 600 L/min | 25 kg | 20 ha |
Trois points de vigilance sur la pompe.
- Le débit annoncé par le fabricant est un débit à vide. Il baisse avec la hauteur d’eau et la résistance des diffuseurs : prenez de la marge.
- La consommation d’oxygène dépend de la quantité de compost, des compléments et de la température. Une recette enrichie demande plus d’air.
- Si vous achetez un brasseur complet, demandez au fabricant ses mesures d’oxygène dissous. Agroscope le recommande expressément.
Cuve, diffuseurs et sac : les détails qui comptent
La cuve
Le plastique alimentaire convient, du bac de 20 litres à la cuve de 1 000 litres. Une forme sans recoin et une vidange en point bas facilitent le nettoyage, qui conditionne le brassage suivant. Placez la cuve à l’abri du soleil direct et du gel.
Les diffuseurs
Leur rôle est double : dissoudre l’oxygène et maintenir l’eau en mouvement, pour que le compost soit lessivé en permanence. Répartissez-les au fond, sous le sac. Choisissez des modèles démontables : tous finissent par se colmater et doivent être nettoyés.
Le sac filtrant
Les mailles doivent retenir les particules de compost tout en laissant passer les organismes les plus gros : filaments de champignons, protozoaires, nématodes utiles. La Société de viticulture du Jura retient une poche de 400 µm, ou à défaut un sac en nylon ou une moustiquaire. Ne tassez pas le compost : l’eau doit le traverser.
La température
Le brassage se fait de préférence à température ambiante, entre 18 et 24 °C. Au-dessus de 30 °C, il n’est plus recommandé. En dessous de 10 °C la nuit, prévoyez un chauffage d’appoint. Un thermomètre d’aquarium suffit pour le suivi.
Du bac d’essai à la cuve de 1 000 litres
- Le bac de 20 litres : un seau ou une caisse, un bulleur, un filet. C’est le dispositif du mémoire de l’Institut Agro Montpellier, qui a comparé 81 recettes de cette façon. Idéal pour apprendre et pour tester un compost.
- La cuve de 100 à 200 litres : un fût, une pompe à air de bassin, plusieurs diffuseurs. Elle couvre une petite exploitation maraîchère ou quelques hectares de vigne.
- La cuve de 1 000 litres : un conteneur sur palette, une soufflante, une rampe de diffuseurs au fond, un soutirage par le bas. À 50 litres par hectare, elle couvre vingt hectares par brassage.
Dans tous les cas, prévoyez l’eau avant le matériel : une réserve d’eau de pluie filtrée, ou une cuve remplie la veille pour laisser partir le chlore.
Du côté du pulvérisateur
Le thé contient des particules fines. Agroscope recommande d’utiliser un tamis au remplissage, et de veiller à ce que tamis et buses ne soient pas inférieurs à 0,4 mm. Laissez reposer le thé 10 à 20 minutes avant de soutirer, et rincez le pulvérisateur avant comme après. Les réglages de dose et de dilution sont décrits dans l’article utiliser le thé de compost.
Nettoyage : le poste à ne pas négliger
- Videz et rincez la cuve aussitôt le thé soutiré, avant que les dépôts ne sèchent.
- Démontez les diffuseurs et les tuyaux d’air, et rincez-les.
- Brossez les parois, les angles et la vanne.
- Videz le sac sur le tas de compost, lavez-le et faites-le sécher.
- Laissez le tout sécher à l’air avant de ranger.
Un dépôt oublié ensemence le brassage suivant avec une flore non choisie. C’est l’une des causes des échecs décrits dans l’article sur la conservation du thé de compost.
En résumé
Dimensionnez d’abord l’air : 0,4 à 0,6 litre par minute et par litre de cuve. Choisissez une cuve facile à nettoyer, un sac de 400 µm et de quoi tenir 18 à 24 °C. Commencez par un petit volume. Les ingrédients sont regroupés dans le rayon thé de compost ; leurs doses figurent dans la recette du thé de compost, et le principe dans le guide du thé de compost oxygéné.
Sources : Société de viticulture du Jura, fiche « Le thé de compost (compost liquide) ». Agroscope, fiche Best4Soil sur le thé de compost. Louise Grillet, Institut Agro Montpellier, 2022. Andrée Deschênes, agronome, Agri-Réseau, 2006.
Questions fréquentes
Il faut 400 à 600 litres d’air par minute au minimum, d’après la règle d’Agroscope. Une pompe d’aquarium n’y suffit pas : il faut une soufflante ou une pompe à air de grand débit. Vérifiez le débit à la profondeur réelle de la cuve, environ un mètre, et prenez une marge pour les recettes enrichies.
Certains systèmes font recirculer le thé en cascade ou en vortex pour l’aérer. La fiche de la Société de viticulture du Jura cite d’ailleurs le vortex parmi les systèmes de brassage. L’oxygénation est alors plus difficile à garantir. Sans mesure d’oxygène dissous, l’injection d’air par des diffuseurs reste la solution la plus sûre.
Elle n’est pas obligatoire, mais c’est le seul contrôle chiffré. Le seuil à tenir est de 6 mg par litre pendant tout le brassage. Une mesure en fin de brassage, quand la flore est la plus active, permet de valider une installation et une recette. Sans sonde, appliquez la règle du débit avec une marge.
Les deux se pratiquent. Un brasseur du commerce fait gagner du temps et doit être livré avec des mesures d’oxygène. Une installation maison coûte moins cher et s’adapte à la cuve disponible, à condition de respecter le débit d’air et de prévoir le nettoyage. Dans les deux cas, commencez par un petit volume.

