Le thé de compost oxygéné (TCO) est une eau dans laquelle on fait infuser du compost pendant 24 à 48 heures, sous aération continue, pour en extraire puis multiplier les micro-organismes. Appliqué au sol ou sur le feuillage, il vise à relancer l’activité biologique de la parcelle. Les essais montrent des effets réels mais irréguliers : c’est un outil d’appoint, pas un engrais ni un traitement.
Qu’est-ce qu’un thé de compost oxygéné ?
La revue de littérature publiée en 2023 par l’UCLouvain en donne une définition simple. Le thé de compost oxygéné est une eau « infusée » au compost, obtenue en faisant baigner du compost solide, parfois des enrichissements, dans de l’eau, à une température donnée et en présence d’oxygène.
Le liquide obtenu contient deux choses : des éléments nutritifs solubles, et des micro-organismes vivants. La fiche d’Agroscope cite des bactéries, des actinomycètes, des champignons filamenteux et des levures. C’est cette fraction vivante que l’on cherche à multiplier, puis à déposer sur le sol ou sur la plante.
La fabrication se déroule en deux phases. L’extraction décroche les micro-organismes du compost grâce au mouvement de l’eau. La multiplication les fait ensuite proliférer dans la cuve, en présence d’oxygène et, souvent, d’une petite quantité de nourriture.
Le TCO ne doit pas être confondu avec les autres liquides tirés d’un compost.
| Préparation | Principe | Durée | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|---|
| Thé de compost oxygéné (TCO) | Infusion aérée en continu, souvent enrichie | 24 à 48 h | Micro-organismes aérobies multipliés, nutriments solubles |
| Thé de compost non aéré | Macération sans apport d’air | 7 à 14 jours | Flore de fermentation, nutriments solubles |
| Jus de compost (percolat) | Liquide qui s’écoule d’un compost ou d’un lombricompost | Aucune préparation | Nutriments solubles surtout |
| Litière forestière fermentée | Fermentation sans oxygène avec son et mélasse | Environ un mois | Flore lactique |
Ces distinctions sont détaillées dans notre article sur le jus de compost. La fermentation sans oxygène relève d’une autre logique, celle du LiFoFer.
Ce que montrent les essais
La revue de l’UCLouvain a passé au crible 35 articles scientifiques parus entre 2015 et 2022, soit 56 expériences. Ses conclusions sont nuancées.
- Croissance : par rapport à un témoin arrosé à l’eau, la croissance augmente dans la plupart des expériences, et ne change pas dans les autres.
- Rendement : les résultats sont en majorité positifs, parfois neutres, jamais négatifs face au témoin.
- Comparaison aux autres fertilisants : face à un autre fertilisant organique, l’effet est le plus souvent neutre. Rien ne permet de dire que le TCO fait mieux qu’un engrais.
- Sol : l’abondance des micro-organismes augmente dans trois expériences sur quatre, mais leur activité ne progresse que dans une sur cinq.
Les essais français invitent à la même prudence. En Champagne, un mémoire d’ingénieur de l’Institut Agro Montpellier a mesuré en 2022 une minéralisation de l’azote plus active sur les rangs traités, sans effet sur la vigne la première année. Dans la Somme, la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France a testé le thé de compost pendant trois ans comme alternative aux fongicides, notamment sur blé : elle juge les résultats « plutôt décevants ».
La revue belge conclut que le thé de compost oxygéné n’est pas un outil miracle. Il prend sa place dans une gestion d’ensemble du sol : couverts, apports organiques, travail du sol limité. Le détail de ces résultats se trouve dans notre synthèse des essais en grandes cultures, vigne et vergers.
Comment fabriquer un thé de compost oxygéné
Il n’existe pas de consensus scientifique sur la meilleure façon de produire un TCO : les 35 articles de la revue décrivent presque autant de protocoles. Les fiches techniques convergent toutefois sur quelques repères.
| Paramètre | Repère | Source |
|---|---|---|
| Compost | 20 à 80 g par litre d’eau, mûr et de qualité | Fiches viticoles, mémoire Institut Agro |
| Eau | Sans chlore : eau de pluie ou eau du réseau aérée | UCLouvain |
| Température | 18 à 24 °C, jamais plus de 30 °C | Agroscope |
| Oxygène dissous | Plus de 6 mg/l pendant tout le brassage | Agroscope |
| Débit d’air | 0,4 à 0,6 litre par minute et par litre de cuve | Agroscope |
| Durée | 24 à 48 heures | Agroscope, Société de viticulture du Jura |
| Nourriture | Mélasse à 0,1 % environ, sans excès | Mémoire Institut Agro |
Le compost est la variable qui pèse le plus. Un lombricompost stable et régulier simplifie la conduite : sa fiche indique 25 kg pour 1 000 litres. Les quantités pour 100 et 1 000 litres, l’ordre des opérations et les compléments sont décrits dans la recette du thé de compost.
Côté équipement, une cuve, une pompe à air correctement dimensionnée, des diffuseurs et un sac filtrant suffisent. Le dimensionnement est traité dans l’article sur le matériel de brassage.
Comment l’utiliser sur la parcelle
Un TCO est un produit vivant, qui ne se stocke pas. Agroscope recommande de l’appliquer aussitôt après le brassage, et au plus tard dans les quatre heures. La question est traitée dans l’article sur la conservation du thé de compost.
- Dilution : pur, ou dilué jusqu’à un volume pour dix volumes d’eau.
- Dose : 50 litres par hectare est le repère le plus cité en viticulture.
- Cible : le sol en priorité, le feuillage en complément.
- Moment : le soir ou par temps couvert, sur sol humide.
- Pulvérisateur : filtres et buses d’au moins 0,4 mm.
Les réglages par culture, les fréquences et les incompatibilités sont détaillés dans l’article utiliser le thé de compost.
Les compléments : mélasse, hydrolysats, acides humiques
Un tiers seulement des articles scientifiques décrit un enrichissement du thé. Les compléments nourrissent les micro-organismes pendant le brassage et orientent la flore. Les sucres simples favorisent les bactéries. Les composés plus complexes, protéines et acides humiques, favorisent une flore plus diversifiée, avec des champignons et des protozoaires.
La mélasse agricole est le complément le plus courant. Une faible dose suffit : dans l’essai champenois, augmenter la dose de mélasse n’a pas augmenté la population microbienne. Son rôle et ses doses sont développés dans l’article sur la mélasse agricole.
Un jus de lombricompost peut servir d’inoculum, à 10 ml par litre selon sa fiche. L’ensemble des ingrédients est regroupé dans le rayon thé de compost.
Risques et limites à connaître
Le risque sanitaire
Un compost mal mené peut héberger des bactéries pathogènes pour l’homme. Des travaux du ministère américain de l’agriculture ont montré que les compléments sucrés permettent à Escherichia coli et aux salmonelles de se multiplier dans la cuve. Sur une culture consommée crue, appliquez au sol plutôt que sur les parties récoltées, et utilisez un compost monté à 55 °C ou un lombricompost contrôlé.
La variabilité
Aucun lot de compost ne ressemble à un autre, et aucun brassage non plus. C’est la première cause des résultats irréguliers. À forte concentration, un thé peut même freiner la germination : deux expériences l’ont montré.
Le cadre réglementaire
Le thé de compost n’est pas un produit phytopharmaceutique autorisé. Il ne peut pas être présenté ni employé comme un traitement contre une maladie. Il s’utilise comme une préparation fertilisante fabriquée à la ferme, en complément du programme de protection habituel.
Par où commencer sur une exploitation
- Démarrez petit : une cuve de 100 à 200 litres permet d’apprendre le brassage sans gros investissement.
- Gardez toujours une bande témoin non traitée, sinon rien ne pourra être conclu.
- Suivez des indicateurs simples : test bêche, levée des couverts, reliquats, analyses de biomasse microbienne.
- Raisonnez sur plusieurs années : les effets sur le sol précèdent les effets sur la culture.
- Formez-vous : des CFPPA, des ADDEAR et le réseau Agr’eau proposent des formations d’un à deux jours avec brassage sur une ferme.
Le compost solide reste la base. Un thé prolonge un apport organique, il ne le remplace pas : voir l’utilisation du lombricompost.
En résumé
Le thé de compost oxygéné est une infusion aérée de compost, brassée 24 à 48 heures et appliquée dans les heures qui suivent. Les essais lui reconnaissent un effet sur la croissance et sur la vie du sol face à un témoin non fertilisé, pas une supériorité sur les engrais ni une efficacité de fongicide. Sa réussite tient au compost, à l’oxygène et à la régularité.
Sources : Céline Chevalier, UCLouvain, « Thés de compost oxygénés : ce que l’on en sait actuellement », 2023. Agroscope, fiche Best4Soil sur le thé de compost. Louise Grillet, Institut Agro Montpellier, mémoire d’ingénieur, 2022. Chambre d’agriculture des Hauts-de-France, synthèse d’expérimentation 2021-2022.
Questions fréquentes
Aucune : ce sont deux noms pour la même préparation. Les sources françaises parlent de thé de compost oxygéné (TCO), les sources suisses et européennes de thé de compost aéré (TCA), les sources anglophones d’aerated compost tea. Tous désignent une infusion de compost brassée avec un apport d’air continu ou intermittent.
Non. Un thé de compost apporte très peu d’éléments nutritifs par hectare. Son intérêt attendu est de stimuler l’activité biologique qui minéralise la matière organique déjà présente. Dans la revue de l’UCLouvain, son effet est le plus souvent neutre face à un autre fertilisant organique. Il complète un plan de fumure, il ne s’y substitue pas.
Il ne peut pas être employé dans ce but : ce n’est pas un produit phytopharmaceutique autorisé. Des expériences en laboratoire et en pot montrent un effet sur des champignons, mais les essais de plein champ sont irréguliers. Sur blé, dans la Somme, le thé de compost seul n’a pas fait mieux que le témoin non traité.
Le thé lui-même est fabriqué à la ferme : sa conformité dépend des ingrédients. Choisissez un compost ou un lombricompost et des compléments utilisables en agriculture biologique, ce qui est indiqué sur leur fiche. En cas de doute sur un ingrédient, interrogez votre organisme certificateur avant de l’employer.
Le poste principal est le compost : 25 kg de lombricompost pour 1 000 litres, selon sa fiche. S’y ajoutent un à deux litres de mélasse et, selon la recette, un litre d’acides humiques. À 50 litres par hectare, une cuve de 1 000 litres couvre vingt hectares. L’essentiel du coût est donc le temps de préparation et de pulvérisation.

