Pour utiliser le thé de compost, trois règles suffisent : l’appliquer dans les heures qui suivent le brassage, pur ou dilué jusqu’à dix fois, et viser d’abord le sol. Le repère courant est de 50 litres par hectare, renouvelés de deux fois par an à toutes les deux à quatre semaines selon la culture. Le pulvérisateur doit laisser passer des particules de 0,4 mm.
Sol ou feuillage : où appliquer ?
Les deux voies existent, et elles ne visent pas la même chose.
- Au sol : le thé rejoint la zone des racines, où il rencontre la matière organique à transformer. C’est la voie la plus logique pour agir sur la minéralisation et sur la levée des couverts.
- Sur le feuillage : le thé dépose des micro-organismes à la surface des feuilles. L’effet dépend de la météo, de la couverture obtenue et de la survie de cette flore.
La revue de littérature de l’UCLouvain note que, dans les rares expériences qui comparent les deux, l’arrosage du sol donne de meilleurs résultats que la pulvérisation foliaire. Elle précise que ces expériences sont trop peu nombreuses pour conclure. En plein champ, la pulvérisation foliaire domine pourtant dans les essais publiés, pour une raison pratique : le matériel est déjà là.
Sur une culture dont la partie récoltée se mange crue, préférez l’application au sol.
Quelle dilution et quelle dose par hectare ?
Agroscope indique que le thé peut être appliqué non dilué ou dilué jusqu’à un volume pour dix volumes d’eau. Plus il est dilué, plus il faut renouveler les applications. Dans les essais scientifiques, la dilution la plus fréquente est de 20 %.
| Usage | Thé de compost | Eau ajoutée | Source |
|---|---|---|---|
| Vigne, pulvérisation au sol ou sur feuillage | 50 L/ha | 50 L/ha, à adapter au pulvérisateur | Société de viticulture du Jura |
| Vigne, trois passages par an | 50 L/ha | Dilution à 10 % | Pratique rapportée par la presse viticole |
| Raisin de table, arrosage du sol | 1,5 L par cep | Non précisé | Projet européen CLIMED-FRUIT |
| Cerisier, sol et feuillage | 3 L par arbre au sol, 250 ml en foliaire | Non précisé | Projet européen CLIMED-FRUIT |
| Application foliaire, repère général | 1 volume | 2 à 4 volumes | Mémoire Institut Agro, d’après Ingham |
| Application au sol, repère général | 1 volume | 3,5 à 7 volumes | Mémoire Institut Agro, d’après Ingham |
Ces chiffres sont des pratiques, pas des doses validées. Aucune étude n’a établi de courbe de réponse à la dose. À 50 litres par hectare, une cuve de 1 000 litres couvre vingt hectares : c’est le volume de bouillie, plus que le thé, qui fixe la dilution.
Ne cherchez pas à concentrer. Deux expériences ont montré qu’un thé trop concentré réduit la germination : sur un semis, restez dans les dilutions indiquées.
À quelle fréquence utiliser le thé de compost ?
Il n’existe pas de consensus. Dans les 53 traitements recensés par l’UCLouvain, 18 étaient hebdomadaires, 10 avaient lieu toutes les deux semaines et 10 consistaient en une seule application. Ces rythmes sont ceux d’essais en pot et sous serre, difficiles à tenir sur une exploitation.
Les pratiques de terrain sont plus espacées.
- Entretien du sol : une à deux applications par an, à l’automne et au printemps.
- Accompagnement d’une culture pérenne : trois passages calés sur des stades, par exemple avant le débourrement, autour de la floraison et après la récolte.
- Conduite intensive : toutes les deux à quatre semaines en saison, de préférence après une pluie ou une irrigation.
- Semis de couverts : une application au semis, parfois combinée au semoir.
Dans l’essai mené en Champagne en 2022, l’effet sur la minéralisation de l’azote est apparu une quinzaine de jours après la première application. Un seul passage ne permet donc pas de juger.
Les conditions d’application
- Intervenez le soir ou par temps couvert : les micro-organismes craignent le rayonnement et le dessèchement.
- Préférez un sol humide, idéalement après une forte pluie.
- Évitez une pulvérisation foliaire si de la pluie est annoncée dans les 24 heures.
- Appliquez sans attendre : quatre heures au plus après l’arrêt de l’aération.
Ces quatre recommandations viennent de la fiche d’Agroscope. La dernière est la plus contraignante : elle impose de caler le brassage sur la fenêtre de pulvérisation, et non l’inverse. La recette du thé de compost se lance donc 24 à 48 heures avant le créneau visé.
Régler le pulvérisateur
Un thé contient des particules fines et des filaments. Un matériel réglé pour une bouillie claire se colmate.
- Laissez reposer le thé 10 à 20 minutes, puis soutirez sans remuer le fond.
- Filtrez au remplissage. Tamis et buses ne doivent pas descendre sous 0,4 mm.
- Retirez les filtres trop fins du circuit.
- Rincez la cuve du pulvérisateur avant : un fond de fongicide ou de désinfectant détruit la flore du thé.
- Rincez après : les dépôts organiques encrassent les circuits.
Le dimensionnement de la cuve de brassage et de la pompe à air est traité dans l’article sur le matériel de brassage.
Mélanges et incompatibilités
Le thé est une culture vivante : tout ce qui est biocide lui est contraire. La Société de viticulture du Jura recommande d’éviter un traitement au cuivre juste après une application, pour ne pas détruire les micro-organismes déposés. La même prudence vaut pour le soufre et pour tout fongicide : ne mélangez pas, et espacez les passages.
À l’inverse, le thé se combine avec des apports qui nourrissent la flore. Un extrait d’algue s’emploie à 3 ml par litre en pulvérisation, d’après sa fiche. Le jus de lombricompost s’utilise seul entre deux brassages : voir l’article sur le jus de lombricompost.
Enfin, un thé prolonge un apport organique. Dans le projet CLIMED-FRUIT, il était associé à 2,1 tonnes de compost par hectare. Les résultats de ces essais sont repris dans la synthèse sur le thé de compost en grandes cultures, vigne et vergers.
En résumé
Appliquez le thé de compost dans les quatre heures, au sol d’abord, le soir et sur terrain humide, à 50 litres par hectare dans la quantité d’eau que demande votre pulvérisateur. Gardez une bande témoin et répétez les passages. Le principe et les limites de la technique sont exposés dans le guide du thé de compost oxygéné.
Sources : Vincent Michel (Agroscope), Lorenz Rieger et Adrian Rubi (EDAPRO), « Thé de compost : informations pratiques, avantages et inconvénients », fiche Best4Soil. Céline Chevalier, UCLouvain, 2023. Société de viticulture du Jura. Projet CLIMED-FRUIT. Louise Grillet, Institut Agro Montpellier, 2022.
Questions fréquentes
C’est possible en aspersion ou avec une rampe, à condition de filtrer à 0,4 mm au moins. Le goutte-à-goutte est plus risqué : les goutteurs ont des passages très fins, et aucune des fiches consultées ne donne de règle pour cet usage. Si vous tentez l’essai, filtrez soigneusement, injectez en fin de cycle et rincez longuement le réseau à l’eau claire.
Pas obligatoirement. Agroscope indique qu’il peut être appliqué pur, ou dilué jusqu’à dix fois. La dilution sert surtout à obtenir le volume de bouillie nécessaire pour couvrir la surface. Utilisez une eau sans chlore, comme pour le brassage, et diluez juste avant de partir.
Non, pas dans la même cuve. Ces produits sont justement employés pour détruire des micro-organismes. La fiche de la Société de viticulture du Jura recommande aussi d’éviter un traitement cuprique juste après un thé. Placez le thé entre deux traitements, le plus loin possible de chacun.
Rarement sur la culture la première année. Dans l’essai champenois de 2022, la minéralisation de l’azote a progressé une quinzaine de jours après la première application, sans effet mesurable sur la vigne. Les auteurs estiment qu’il faut plusieurs années d’application pour juger. D’où l’intérêt d’une bande témoin et d’analyses de sol régulières.

