Le jus de compost est le liquide qui s’écoule d’un compost ou d’un lombricompost : un percolat, riche en éléments solubles, que l’on récupère sans rien fabriquer. Ce n’est ni un extrait ni un thé de compost. Il s’emploie dilué dix fois, au sol, et réclame plus de prudence qu’un thé brassé à partir d’un compost mûr. Voici ce qui distingue ces préparations, et comment utiliser chacune.
Jus de compost, extrait, thé : quatre liquides à ne pas confondre
Le vocabulaire est flottant, et les mêmes mots désignent des produits très différents. Quatre préparations liquides peuvent être tirées d’un compost.
| Préparation | Comment on l’obtient | Délai | Flore | Emploi |
|---|---|---|---|---|
| Jus de compost (percolat, lixiviat) | Écoulement naturel sous un tas, un andain ou un lombricomposteur | Aucun | Non maîtrisée | Au sol, dilué dix fois |
| Extrait de compost | Compost mûr agité dans l’eau, sans multiplication | Quelques minutes à quelques heures | Celle du compost, diluée | Au sol, grands volumes |
| Thé de compost non aéré | Macération du compost dans l’eau, sans apport d’air | 7 à 14 jours | Fermentation, en partie sans oxygène | Au sol |
| Thé de compost oxygéné | Infusion sous aération, souvent enrichie | 24 à 48 heures | Aérobie, multipliée | Sol et feuillage, dans les heures qui suivent |
La différence essentielle tient à la matière de départ. Le thé et l’extrait partent d’un compost fini, stabilisé. Le jus, lui, traverse des matières encore en décomposition. L’université du Vermont le souligne : le percolat n’est pas un thé de compost, et il peut contenir des germes indésirables sur une culture alimentaire.
Le jus de compost : d’où vient-il, que contient-il ?
Dans un tas, l’eau des matières et celle des pluies descend par gravité. Elle se charge au passage en éléments solubles, en matières organiques dissoutes et en micro-organismes. Bruxelles Environnement décrit ainsi le percolat d’un lombricomposteur : le contenu des cellules s’écoule à travers les matières en décomposition jusqu’au bac de récupération.
Sa composition varie avec tout : les matières compostées, leur stade, la quantité d’eau. Un jus récolté sous des déchets frais n’a rien de commun avec celui d’un lombricompost mûr. Aucune valeur fertilisante fiable ne peut donc lui être attribuée sans analyse.
Sur une plate-forme de compostage à la ferme, un écoulement abondant est d’abord un signal. Le projet européen CLIMED-FRUIT rappelle qu’un excès d’azote dans le tas favorise les odeurs et la formation de lixiviats, et qu’un excès d’humidité le prive d’air. Avant de chercher à valoriser le jus, corrigez le mélange et couvrez le tas : ce qui s’écoule est de l’azote et de la potasse perdus.
Utilisation du jus de compost : dilution et précautions
Un jus de compost est très concentré. Bruxelles Environnement indique qu’il doit être dilué dix fois au moment de son utilisation, soit un volume de jus pour neuf volumes d’eau.
- Dilution : 10 %, jamais pur sur une culture en place.
- Cible : le sol, au pied des plantes ou sur un couvert.
- À éviter : la pulvérisation sur des feuilles ou des fruits consommés crus.
- Odeur : un jus qui sent l’œuf pourri a fermenté sans oxygène. Épandez-le dilué sur un sol nu ou remettez-le sur le tas.
- Stockage : aucun organisme ne donne de durée validée. Utilisez-le dans les jours qui suivent la récolte.
Sur une exploitation, le débouché le plus simple reste le recyclage : réarroser l’andain avec son propre jus maintient l’humidité et conserve les éléments dans le compost.
L’extrait de compost : la version simple du thé
L’extrait est un compost mûr mis en suspension dans l’eau, puis filtré, sans phase de multiplication. On ne cherche pas à faire proliférer la flore, seulement à la transporter. Il ne demande ni pompe à air dimensionnée ni 24 heures d’attente.
Son intérêt est logistique : il permet de traiter de grandes surfaces avec peu de compost, au semis ou sur un couvert. Sa limite est la même : la flore n’étant pas multipliée, tout repose sur la richesse biologique du compost. Un lombricompost régulier est alors préférable à un compost de qualité inconnue.
Le thé de compost oxygéné : la version cultivée
Le thé ajoute une étape : la flore extraite est nourrie et aérée pendant 24 à 48 heures. La fiche d’Agroscope fixe les conditions : plus de 6 mg d’oxygène dissous par litre, 18 à 24 °C, et une application dans les quatre heures. La méthode complète est donnée dans la recette du thé de compost.
Le thé non aéré suit une autre voie, plus lente et sans matériel, proche des macérations de plantes décrites dans notre article sur les extraits fermentés.
Que choisir selon l’objectif ?
- Valoriser un écoulement existant : jus de compost dilué à 10 %, au sol, ou retour sur l’andain.
- Ensemencer un sol au semis, sur une grande surface : extrait de compost.
- Stimuler l’activité biologique en cours de culture : thé de compost oxygéné.
- Disposer d’un produit prêt à l’emploi et stable : un jus de lombricompost du commerce, filtré et analysé, dont l’emploi est détaillé dans l’article sur le jus de lombricompost.
Dans tous les cas, ces liquides complètent un apport de compost solide. Sur le compostage lui-même, voir notre article sur le compost.
En résumé
Le jus de compost est un percolat, à diluer dix fois et à réserver au sol. L’extrait transporte la flore d’un compost mûr sans la multiplier. Le thé oxygéné la cultive pendant 24 à 48 heures. C’est sur ce dernier que portent la plupart des essais récents : ils sont présentés dans le guide du thé de compost oxygéné.
Sources : Bruxelles Environnement, guide « Composter pour réduire ses déchets ». University of Vermont Extension, fiche sur le thé de compost. Projet européen CLIMED-FRUIT, fiche « Compost et thé de compost en agriculture biologique ». Agroscope, fiche Best4Soil.
Questions fréquentes
Il contient des éléments nutritifs solubles, mais sa composition n’est ni constante ni garantie. Sans analyse, impossible de le compter dans un plan de fumure. Considérez-le comme un complément ponctuel, à employer dilué à 10 % au sol. Sur une plate-forme de compostage, mieux vaut le remettre sur le tas pour ne pas perdre ces éléments.
Ce n’est pas conseillé. Le percolat a traversé des matières en cours de décomposition et peut contenir des germes indésirables. L’université du Vermont le déconseille sur les cultures alimentaires. Réservez-le au sol. Pour une application foliaire, utilisez un thé de compost oxygéné préparé à partir d’un compost mûr et contrôlé.
Aucune source technique ne donne de durée validée. Un percolat est un liquide non stabilisé, chargé en matière organique. Fermé et sans air, il fermente et finit par sentir mauvais. Le plus sûr est de l’utiliser dans les jours qui suivent, et de l’écarter s’il dégage une odeur d’œuf pourri.
Non. Le bokashi est une fermentation sans oxygène : son jus est acide et chargé en bactéries lactiques. Le jus de compost vient d’une décomposition en présence d’air. Les deux se diluent fortement avant emploi et s’appliquent au sol. Leurs flores sont différentes, et aucun des deux n’équivaut à un thé de compost oxygéné.
On ne le sait pas. Les essais publiés portent presque tous sur les thés oxygénés, et ils concluent déjà à des effets irréguliers. L’extrait contient moins de micro-organismes par litre, puisqu’ils ne sont pas multipliés. Il se justifie par sa simplicité quand la surface à traiter est grande et que le compost est de bonne qualité.

